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L'endroit et l'envers Envers le monde, Marie-Hélène Lung, portée par l’élan vital et la joie d’exister, a le geste large. Elle fait corps avec son œuvre. A l’encontre du Vinteuil de la Recherche, petit homme anodin secrétant une musique immense, sa personne élancée, sculpturale, annonce, si je puis dire, la couleur... Couleur d’azur, de colza, de coquelicot, couleur locale, sans la moindre connotation folklorique. Ses dessins et ses toiles nous montrent des endroits au sens plein du terme, en droit de nous capturer dans les rets des feuillages, les rais de soleil écartant les branches. Endroits dont l’envers se devine aussitôt, lourd d’un silence immémorial. Des toits et des routes indiquent l’homme, le mentionnent comme un passager industrieux plutôt que comme un démiurge arrogant. L’endroit des choses, au sens où l’on parle de l’endroit des feuilles, un vent léger le retourne. Sous le labeur agricole ou l’habile artisanat, le dénuement divin... La surface des objets peut sembler inaltérable comme celle des bassines de cuivre, avec le poli, la luisance de la matière flamande, on est bien loin de toute félicité matérialiste. Pas de “tour du propriétaire” sur les terres de Marie-Hélène Lung, le Perche suggérant si bien les collines, le saut et le surplomb. On se croit immergé dans le bocage : on découvre au détour d’un bois les champs illimités et la vanité de l’homme. Les personnages même de ses toiles, malgré leur poids de chair, sont des figurants : violemment coloriés en Arlequins, juponnés comme la Goulue, ou parés de jeunesse insolente, ils vibrent d’un doute anguleux, d’une fragilité mortelle. C’est pourquoi la patte la plus magistrale de cette artiste s'applique à l’union de l’humain et du non-humain (ni surhumain, ni surtout inhumain). A l’endroit du monde habité - la fenêtre où guette le pot au lait, métonymies de l’homo faber en ce qu’il a de plus transparent et de plus creux, répond l’envers, la métaphore du non humain en ce qu’il a de plus obscur et de plus éloquent, l’arbre et le ciel. Ici, des pommes vertes entrent, derrière le vitre, en résonance avec l’herbe du jardin. Là, le métal poli entre en consonance avec le ciel pâle. La cafetière et le bol, posés au bord du champ, promettent un déjeuner de soleil. Les arums et les lys -trop jolis, trop féminins, marmonnent les snobs prescrivant au grand art des sujets répulsifs, chantent un hymne mélancolique à la brièveté des floraisons, sur un fond sépia de forêts automnales, avec la virile exaltation des Requiems. A l’endroit du monde, dont elle perçoit si bien l’envers, Marie-Hélène Lung, envers et contre tout, choisit l’amour. Françoise Bettenfeld |
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